vendredi 23 juin 2023

L'entretien directif

L’entretien directif est celui qui se rapproche le plus de l’interrogation par questionnaire. Si la personne interrogée exprime librement son opinion, le déroulement de l’entretien s’appuie sur un ensemble de questions ouvertes, libellées d’une façon standard et posée à tous les répondants de façon identique.


La dynamique de l’échange est naturellement plus soutenue dans la mesure où l’enquêteur est ici plus directif et ce type d’entretien dure aussi moins de temps (30 à 45 mn). Si l’information collectée semble au premier abord plus dense, elle se révèle plus souvent moins profonde et nuancée qui est obtenue à l’issue d’un entretien semi-directif, car le répondant est ici contraint d’inscrire ses réponses dans le cadre du questionnaire établi par le chercheur. L’entretien directif est donc une méthodologie recommandée, lorsque l’analyse requiert une stricte comparaison des réponses à un ensemble de questions ouvertes : acquisition d’un vocabulaire techniques, préparation d’un questionnaire quantitatif, recensement des grandes dimensions d’un phénomène, etc… Deux distorsions sont ainsi minimisées, à défaut d’etre entièrement éliminées. D’une part, celle qu’introduit le recours à différents enquêteurs qui développe chacun une façon particulière de conduire l’entretien. D’autre part, celle qui est induite par l’aptitude ou la propension des répondants à s’exprimer d’une façon également compréhensible et structurée.

vendredi 16 juin 2023

Les entretiens semi-directifs

C’est le plus utilisé en sciences de gestion, il est mené à l’aide d’un guide (ou grille ou encore canevas) d’entretien, sorte de liste des thèmes/sujets à aborder avec tous les répondants et qui constitue un véritable support et fil conducteur de l’échange. 

L’ordre de discussion n’est toutefois pas imposé. L’enquêteur s’appuie sur l’enchaînent des idées propres au répondant pour évoquer un thème avant ou après un autre. Cette flexibilité de l’entretien semi-directif permet, par la relative liberté laissée au répondant, de mieux appréhender sa logique alors que, dans le même temps, la formation du guide favorise des stratégies d’analyse comparative et cumulative entre les répondants et se prête mieux à certaines contraintes de terrain (faible disponibilité des répondants) et aux compétences de enquêteurs (souvent limitées). Sa durée varie le plus souvent entre trente minutes et deux heures.

Au cours de l’entretien semi-directif, le rôle de l’enquêteur est donc d’approfondir chaque élément important du discours du répondant, en s’appuyant sur le guide qui lui fournit un cadre général du déroulement de l’entretien, une exposition ordonnée des sujets à aborder et une suggestion des techniques de relance ou d’approfondissement à utiliser.

Il convient de distinguer différents types d’objectifs possibles, ces derniers ayant une influence sur le choix des types d’entretiens et leur organisation. Si le chercheur cherche avant tout à connaître les différentes positions, compréhensions, attitudes, etc… par rapport à un sujet (avec éventuellement une volonté de comparaison), il a alors intérêt à construire un guide d’entretien qui lui permettra une approche systématique des différents répondants sur les mêmes thèmes et facilitera l’analyse ultérieure, en particulier l’analyse horizontale (c’est à dire par thème et non par entretien). Elle serait appropriée par exemple pour des problématiques comme «  les attitudes et comportements des salariés face à l’intéressement : étude comparée des ouvriers/employés et des cadres ». En revanche, si le chercheur souhaite plutôt obtenir une compréhension fine et profonde des répondants par rapport à son objet de recherche,  enrichir progressivement sa connaissance autour de cet objet, il a alors intérêt à adopter une démarche plus progressive, soit en modifiant son guide d’entretien en fonction des thèmes émergents jusqu’à ce qu’il ait le sentiment d’avoir exploré toutes les facettes de sa question de recherche, soit enchaînant des formes d’entretiens différentes avec les mêmes individus. Il peut ainsi être fécond, avec un même répondant, de passer de « l’entretien créatif » à l’entretien « actif ». Le premier, non ou très peu directif, se déroule sur le mode de la conversation, sans que l’objet de la recherche soit nécessairement abordé. Il s’agit de favoriser la prise de connaissance mutuelle, le déclenchement d’émotions et la construction d’une relation de confiance. Sur ce substrat se dérouleront des entretiens plus directifs et plus focalisés, plus riches car précédés par l’entretien créatif. Mais les données ainsi collectées sont difficilement comparables. Cette approche est pertinente pour l’exploration de concepts mal connus ou complexes comme le « besoin de reconnaissance », le « développement durable », etc…



lundi 12 juin 2023

Les entretiens individuels

L’entretien est la méthode qualitative la plus utilisée en sciences de gestion. C’est une technique destinée à collecter, dans la perspective de leur analyse, des données discursives reflétant notamment l’univers mental conscient ou inconscient des individus. C’est un dispositif de face à face où un enquêteur a pour objectif de favoriser chez un enquêté la production d’un discours sur un thème défini dans le cadre d’une recherche. 


L’entretien se caractérise par une rencontre interpersonnelle qui donne lieu à une interaction essentiellement verbale : les données collectées sont donc coproduites. Ces données se fondent sur des représentations stockées en mémoire du répondant : elles sont reconstruites lors de leur verbalisation.


Cette interaction entre un chercheur et un répondant suppose une organisation particulière pour pouvoir atteindre les objectifs de la recherche (forme de l’entretien, échantillon, lieu, guide, mise en situation, stimuli, mode d’enregistrement des données, etc…)

L’entretien individuel est une situation de face à face entre un investigateur et un sujet.  L’entretien individuel est issu d’un constat : aucune observation fût-elle minutieuse ne peut rendre compte de la complexité de l’action humaine : or force est de reconnaître que les chercheurs en sciences sociales s’intéressent de plus en plus à la manière dont l’individu perçoit son environnement, à ses croyances et à ses intentions.

A la différence de l’enquête par questionnaire qui s’appuie sur une définition a priori des catégories de réponses, sur lesquelles le répondant est obligé de se déterminer, l’entretien individuel privilégie le témoignage spontané et non contraint de la personne interrogée.

L’entretien individuel est bien adapté pour l’exploration de processus individuels complexes (compréhension, évaluation, décision, appropriation, immersion, imagerie mentale, etc.) ou de sujets confidentiels touchant à l’intimité de l’individu ou encore tabous (la religion, l’alcool, le tabac, la mort, l’argent, etc.), et /ou pour mettre en évidence des différences individuelles. 

Le choix de l’entretien suppose que le chercheur dispose de peu d’informations a priori. La démarche est donc généralement exploratoire. Il s’agit ici pour le chargé d’études de « construire ses données » en tenant compte de cinq spécificités fortes qui différencient cette dernière technique de l’observation ou de l’interrogation par questionnaire :


- Un rapport verbal : le dialogue entre le chercheur et le répondant emprunte la forme orale et l’analyse porte aussi bien sur le fond que sur la forme. Le vocabulaire, le niveau de langue, le ton, l’hésitation ou la spontanéité, la gêne ou l’embarras, sont autant d’informations parfois plus riches d’enseignement que les idées rapportées. C’est la raison pour laquelle est conseillé l’enregistrement de l’entretien.

- Un entretien provoqué : à la différence de l’observation, l’entretien établit un mode de communication « provoqué » entre le chercheur et le répondant, ce qui lui confère parfois un caractère peu « artificiel ». le sujet évoqué ne justifie pas toujours un dialogue aussi approfondi. Le chercheur doit donc veiller à ne pas abuser de techniques de relances qui altèrent l’opinion spontanée du répondant. 

- Un entretien conduit à des fins de recherche : quelle que soit la forme qu’il emprunte, l’entretien est dicté par la résolution d’une problématique avancée par le chercheur. Il ne poursuit donc pas la même finalité que l’entretien thérapeutique dont le but est d’aider la personne qui s’exprime à résoudre son problème.

- Un entretien fondé sur un guide d’entretien ce dernier fournit une trame de dialogue, afin que le chercheur puisse structurer la conduite de l’entretien et s’assurer de sa progression. Contrairement à l’interrogation par questionnaire, les réponses ne sont jamais suggérées et le répondant peut évoquer chaque thème dans l’ordre qu’il souhaite et en leur donnant l’importance qu’il leur prêt. 

- Un entretien intensif la taille restreinte de l’échantillon interrogé n’autorise bien souvent aucune généralisation des conclusions rapportées. L’objectif est davantage d’explorer en profondeur les réactions individuelles, d’en cerner les causes et de déceler les processus à l’origine de certains comportements (ex : la marginalisation, la violence, l’identification sociale, etc.). L’entretien est donc une forme d’enquête intensive plutôt qu’extensive, le chercheur doit en tenir compte dans la formulation des limites de sa recherche.


lundi 5 juin 2023

Recherche qualitative Vs recherche quantitative

On a tendance à opposer deux démarches qui relève de logique tout à fait différente.

- Du point de vue ontologique, la méthode quantitative sera qualifiée de réalisme Vs relativisme

- Au niveau des buts et des objectifs des études dans le quantitatif ce qui est recherché c’est l’objectivité Vs la subjectivité. 

- Dans une démarche quantitative, il s’agit de prouver des relations de cause à effet, alors que dans une démarche qualitative il s’agit de découvrir des significations au sein d’expérience et il va s’agir de construire des théories et décrire des phénomènes.

- Au niveau des méthodes, dans une démarche quantitative, la méthode relèvera plutôt d’expérience, d’administration de questionnaires ou d’enquête alors que dans une démarche qualitative on utilisera plutôt des entretiens interactifs semi-directifs principalement, des interviews et ce que l’on appelle l’observation participante

- Au niveau des échantillons dans une démarche quantitative l’échantillon sera en principe randomisé, (c’est-à-dire la sélection au hasard ou aléatoire c’est à dire qu’on va tirer au sort l’échantillon), et il sera plutôt large. Plus il sera large meilleure sera la validité de l’étude, dans une démarche qualitative, ce qui est recherché c’est justement d’interroger un petit nombre de sujet et il sera relativement petit, l’échantillon sera choisi à propos, qui sert l’objet de l’étude.

- Lors de l’analyse des données, la démarche sera plutôt déductive pour l’approche quantitative et plutôt inductive dans une démarche qualitative 

- Dans une démarche quantitative, les résultats sont décrits avec des statistiques principalement alors que dans une démarche qualitative les résultats sont plutôt présentés avec des mots et leurs significations est examinée

- Au niveau des résultats, la vérité est découverte pour une démarche quantitative, dans une démarche qualitative les résultats sont co-créés à la fois par l’interprétation du chercheur et les données produites de manière qualitative 


Quelle est la meilleure méthode ?

L’investigation quantitative qui implique une mesure, occupe une place importante dans la recherche, cependant, avec l’attention accrue portée aux méthodologies qualitatives et leur utilisation la légitimité des paradigmes alternatifs est bien établie. 

Le choix dépendra de la problématique et de la question de recherche

Les méthodologies quantitatives et qualitatives sont considérées comme toute aussi essentielle à l’enquête surtout que les deux sont considérées comme étant des méthodes empiriques qui ne s’appuient que sur l’expérience, l’observation et non sur une théorie ou le raisonnement. Pour être considérée comme empirique une étude doit être vérifiable d’une certaine manière c’est pourquoi les chercheurs sont attentifs aux mesures et étapes qu’ils utilisent pour assurer la qualité de leurs travaux. En effet, ils doivent détailler au maximum la méthode qu’ils utilisent dans leur recherche pour que futurs chercheurs soient susceptibles de la reproduire en même temps ils servent des objectifs différents.

Les méthodes choisies pour une étude de recherche doivent toujours être guidées par la question de recherche, si vous voulez connaître l’expérience du vécu avec une maladie spécifique, la recherche qualitative sera la meilleure. Cependant, si vous voulez savoir quels facteurs causent une maladie, la recherche quantitative répondra mieux à la question. 

Les chercheurs pensent souvent que lorsque les méthodologie quantitatives et qualitatives sont utilisées ensembles elles peuvent générer une image et une compréhension plus claires du phénomène étudié. C’est que nous allons voir lorsque nous évoquerons la triangulation et les méthodes mixtes. 


jeudi 25 mai 2023

Phase de traitement et d'analyse des données

Une masse de données recueillies ne constitue pas en soi une recherche. Il faut traiter toutes ces données. C’est-à-dire qu’il faut y exercer un travail d’analyse pour isoler des unités signifiantes (thèmes, figures, variables…) abstraites de leur contexte pour en opérer la comparaison terme à terme. Ensuite, le chercheur en fait une synthèse. 

Cette phase comprend deux étapes :

• L’analyse et la présentation des données 

• L’interprétation /discussion des résultats.

L’analyse et la présentation des données 

L’analyse des données permet de produire des résultats qui sont interprétés et discutés par le chercheur. Il s’agit d’ordonner, classer et regrouper les données pour pouvoir les analyser. 

Les informations ou faits doivent être isolés, regroupés et classés dans des catégories, dans des tableaux, dans des graphiques, etc… C’est la seule manière de permettre à la quantité importante d’informations de prendre sens en laissant découvrir les liens qui n’étaient pas toujours évidents ou existants. 

Il faut donc traiter les informations ou les faits pour les transformer en données analysables. 

 L’analyse des données est fonction du type d’étude et de son but, selon qu’il s’agit d’explorer ou de décrire des phénomènes et de comprendre ou de vérifier des relations entre des variables. Les statistiques permettent de faire des analyses quantitatives. L’analyse qualitative réunit et résume, sous forme narrative, les données non numériques. Ces traitements sont en général assistés par ordinateur à l’aide de logiciels tels que : SPSS, EXCEL, SHINX, etc.


L’interprétation /discussion des résultats 

Les données étant analysées et présentées à l’aide de textes narratifs, de tableaux, de graphiques, de figures et autres, le chercheur les explique dans le contexte de l’étude et à la lumière des travaux antérieurs. 


En partant des résultats qu’il discute en vérifiant leur authenticité, en convoquant justement les théories et les auteurs qui ont abordé la question étudiée, il pourra faire des inférences, tirer des conclusions et faires des recommandations.

 

ll s’agit en fait de procéder à l’évaluation du processus entier de la recherche et démontrer la pertinence ou la validité des résultats par rapport au problème de recherche et aux questions, au cadre de référence, de mettre les résultats en relation avec d’autres travaux et d’apprécier la question des limites de la généralisation des résultats. 


En bref, le chercheur discute les résultats de son étude à la lumière des travaux antérieurs, du cadre de référence et des méthodes utilisées dans le travail. Il tente, en fait de proposer de nouvelles interprétations d’un sujet connu ou une interprétation originale d’un nouveau sujet. 


mardi 16 mai 2023

Les questions sur la collecte des données

Nature des données 

- Quelles sont les données dont j’ai besoin pour répondre à la problématique ? 

- Le type de données est-il adapté à la Méthode d’analyse retenue ? 


Mode de collecte des données

- Le mode de collecte des données est-il adapté à la problématique ?

- Permet-il de recueillir les données dont j’aurai besoin pour effectuer les Traitements que j’envisage ? 


Nature du terrain d’observation et de l’échantillon 

- Le terrain choisi permet-il de répondre à la problématique ?

- La taille de l’échantillon est-elle suffisante pour l’analyse que je souhaite mettre en œuvre ?

- La composition de l’échantillon pose-t-elle des problèmes en termes de validité de la recherche ? 

Sources de données 

- L’interlocuteur ou les interlocuteurs choisis sont-ils aptes à me donner toute l’information dont j’ai besoin ? 

- Y a-t-il d’autres interlocuteurs possibles ?

- Si oui, ceux que j’ai choisis sont-ils les meilleurs ? 

- Si oui, est-il intéressant d’interroger aussi ces autres interlocuteurs ?

- Est-il important de réunir des données sur moi-même et si oui, lesquelles et pourquoi?

- Les données secondaires correspondent-elles à celles que je recherche ?

- Y a-t-il d’autres sources possibles et, si oui, sont-elles préférables ?

- M’est-il possible d’améliorer ces données avant de les traiter ? 

Faisabilité 

- Le coût et la durée du recueil de données est-il acceptable pour moi ? 

- Si le recueil est trop lourd, est-il possible d’en sous-traiter une partie ?

- Le mode de recueil de données nécessite-t-il une formation particulière ?

- Si oui, ai-je ces compétences ou puis-je les acquérir ?

- Mon terrain et les personnes que je souhaite interroger sont-ils accessibles ? Si oui, pendant combien de temps le sont-ils ?

- Le mode de recueil de données choisi est-il acceptable pour le terrain et les personnes interrogées ou observées (sur le plan éthique, ainsi qu’en termes de forme, de durée...) ? 


mercredi 10 mai 2023

La collecte des données (suite 2)

Il convient aussi de s’assurer que le terrain d’observation ne pose pas de problèmes de validité par rapport à la problématique. Par exemple, les résultats d’une étude portant sur les différences interculturelles dans les styles de management entre la France et l’Allemagne risquent de comporter un biais si le chercheur a inclus dans son échantillon des entreprises appartenant à des multinationales américaines. 

Il faut aussi vérifier que la taille de l’échantillon est suffisante pour pouvoir mettre en œuvre la méthode d’analyse choisie. Il convient également de définir la structure de l’échantillon - ou des échantillons - qui aura un impact sur la validité de la recherche 

La source des données est également à prendre en considération. En effet, lors d’une enquête par questionnaire, certaines caractéristiques des répondants peuvent orienter les réponses obtenues : leur position hiérarchique ou fonctionnelle, par exemple. Ainsi, dans le cadre d’une étude sur les caractéristiques des systèmes de contrôle de gestion, un questionnaire envoyé à la direction financière d’une grande entreprise renseignera sur les dispositifs formels mis en place, mais ne permettra pas de savoir comment ces dispositifs sont effectivement utilisés par les responsables opérationnels, ni s’ils leur donnent satisfaction. Il convient donc de s’assurer que le répondant choisi est apte à communiquer les éléments que l’on souhaite recueillir. De même, l’utilisation de données secondaires telles que des séries statistiques ou des bases de données nécessite de s’interroger sur l’adéquation des données collectées par rapport à celles recherchées. En effet, des libellés identiques peuvent cacher des réalités différentes en fonction de la définition précise des éléments pris en compte dans les indicateurs et de la manière dont ils ont été recueillis. Dans le cas de séries temporelles, on pourra également vérifier que la définition retenue et le mode de collecte n’a pas changé au cours du temps. Par exemple, une baisse constatée dans la série temporelle des effectifs d’une entreprise peut être le reflet d’une baisse des effectifs, mais elle peut également provenir d’une modification dans la définition des effectifs comptabilisés qui n’inclut plus certaines catégories de personnel telles que la main-d’œuvre temporaire. 


Contrairement aux autres éléments de la recherche, les choix concernant le recueil des données ne sont pas seulement dictés par des considérations de cohérence. En effet, le recueil des données pose souvent des problèmes pratiques qui conduisent à réviser le schéma idéal que l’on s’était fixé.  Il est nécessaire, par exemple, de s’assurer que la durée de la collecte de l’information est raisonnable, et que l’on dispose de moyens financiers suffisants pour réaliser cette collecte. Ainsi, si la réalisation de 40 études de cas est nécessaire pour répondre à la problématique, le recours à des assistants semble utile pour préserver une durée de recherche acceptable. En cas d’impossibilité, il sera plus prudent de réviser le design de recherche, voire de réduire la problématique envisagée en termes de champ d’application ou d’objectif. De même, dans le cadre d’une recherche sur les différences liées au contexte national, les coûts de traductions ou de déplacements peuvent être prohibitifs et conduire le chercheur à limiter le nombre de pays pris en compte. 


mercredi 3 mai 2023

La collecte des données (suite)

On peut décomposer le recueil de données en quatre éléments principaux : la nature des données collectées, le mode de collecte de données, la nature du terrain d’observation et de l’échantillon et les sources de données. Chacun de ces éléments doit pouvoir être justifié au regard de la problématique et de la méthode d’analyse choisie, de manière à montrer la cohérence de l’ensemble, en tenant compte, de plus, de la faisabilité des choix effectués. 

Identifier les informations nécessaires pour répondre à la problématique suppose que le chercheur connaisse la théorie ou les théories susceptibles d’expliquer le phénomène étudié. Ceci semble évident pour des recherches qui se proposent de tester des hypothèses grâce à des données recueillies par questionnaires, mais peut aussi concerner une démarche inductive destinée à explorer un phénomène. Encourager à commencer très tôt la collecte des données d’une étude de cas est le plus mauvais conseil qu’on puisse donner. Même pour les recherches exploratoires, la pertinence des données recueillies, tout comme le choix des interlocuteurs ou des sites d’observation, dépend en partie de la compréhension préalable qu’aura le chercheur de son objet d’étude. Cette compréhension s’appuie notamment sur les théories existantes dans le domaine étudié. 

Cependant, il ne s’agit pas non plus de tomber dans l’excès inverse qui consisterait à ne pas oser aller sur le terrain sous prétexte que des incertitudes demeurent. L’intérêt majeur d’une étude exploratoire étant l’apport d’éléments nouveaux, cela suppose que tout ne puisse pas être préalablement expliqué par la littérature. 

Le mode de recueil des données doit permettre de réunir toutes les informations pertinentes pour répondre à la problématique. Tout comme les méthodes d’analyse, il en existe un grand nombre : questionnaire fermé, observation, protocoles verbaux, entretien ouvert... Certains sont mieux adaptés que d’autres pour collecter un type donné d’information et tous comportent des limites. Un mode de recueil inadéquat peut, lui aussi, conduire à invalider toute la recherche. Par exemple, un questionnaire fermé auto-administré sur un échantillon aléatoire de managers est inadapté pour une recherche qui se propose d’étudier un processus de décision subtil et intangible. Le mode de recueil des données n’est pas nécessairement unique ; plusieurs peuvent être mobilisés simultanément pour augmenter la validité, la fiabilité ou, plus généralement, la qualité des données. Par exemple, des entretiens a posteriori risquent de s’avérer insuffisants pour reconstituer une chronologie d’actions en raison de problèmes liés à la mémoire des répondants. Dans ce cas, l’on peut envisager dès le départ une collecte de documents pour compléter les données issues d’entretiens ou pour les vérifier selon le principe de la triangulation des données. 


jeudi 20 avril 2023

La collecte des données (phase 2 du processus de la recherche)

Il existe une grande variété de méthodes d’analyse des données tant quantitatives que qualitatives. Chacune possède une finalité qui lui est propre (comparer, structurer, classer, décrire...) et qui conduit à mettre en lumière certains aspects du problème étudié. Le choix d’une méthode d’analyse dépend donc de la question et du type de résultat souhaité. Comme nous l’avons déjà indiqué, aucune méthode n’est supérieure à une autre dans l’absolu. La complexité de l’analyse n’est pas un gage de meilleure qualité de la recherche. En effet, une méthode d’analyse complexe n’est pas nécessairement la mieux adaptée. 

Chaque méthode d’analyse repose sur des hypothèses qui limitent ses conditions d’utilisation. Chacune comporte un ensemble de contraintes concernant la nature des données, le nombre d’observations nécessaires ou encore la loi de distribution des observations. Le choix d’une méthode d’analyse suppose donc que l’on connaisse parfaitement ses conditions d’utilisation, de manière à pouvoir déceler à l’avance les éléments susceptibles de la rendre inutilisable dans le cadre de la recherche envisagée. L’exploration de diverses méthodes n’est pas indispensable mais présente quelques avantages. Comparer différentes méthodes permet, en effet, le cas échéant, d’en identifier d’autres qui seraient plus adaptées que celle choisie a priori. C’est également un moyen de mieux éclairer les conditions d’utilisation d’une méthode et d’en comprendre plus facilement les limites. Dans tous les cas, procéder de la sorte permettra de rassembler les éléments nécessaires pour justifier les choix que l’on aura effectués. 
Identifier au préalable les limites de la méthode permet aussi d’envisager dès le départ l’utilisation d’une méthode complémentaire qui viendra combler les déficiences de la première et pourra renforcer les résultats de la recherche. Dans ce cas, il convient de vérifier l’absence d’incompatibilité entre les deux et de tenir compte des contraintes de chacune des méthodes retenues. 

Les questions sur la méthode 

- La méthode retenue permet-elle de répondre à la problématique ?
- La méthode retenue permet-elle d’arriver au type de résultat souhaité ?
- Quelles sont les conditions d’utilisation de cette méthode ?
- Quelles sont les limites ou les faiblesses de cette méthode ?
- Quelles sont les autres méthodes possibles pour répondre à la problématique ? 

Au cours de cette phase, le chercheur explique et justifie les méthodes et les instruments qu’il utilisera pour appréhender et collecter les données, en réponse aux questions posées. 
Le chercheur précise également les caractéristiques de la population (groupe humain ou non) sur laquelle il va travailler et à laquelle il va arracher les informations. Il décrit enfin le déroulement de la collecte des données et indique le plan d’analyse des données. 
 
Décrire le déroulement de la collecte des données 

Le chercheur prévoit et décrit autant que possible les problèmes que pourrait soulever le processus de collecte de données.  Un plan de recherche doit avoir prévu la façon d’organiser le déroulement : quelle population sera interrogée, qui précisément sera soumis à l’enquête, quelle sera la taille de l’échantillon, de quelle façon on interrogera, quelles dispositions administratives ont été prises, de combien d’enquêteurs disposera-t-on, quelles logistiques à disposition, quels sont les obstacles prévisibles à contourner...

vendredi 14 avril 2023

La revue de littérature

Recenser les écrits et autres travaux pertinents 


Dans cette partie, le chercheur montre qu’il connait bien les autres auteurs et les œuvres qui ont, avant lui, d’une manière ou d’une autre, abordé le domaine et le sujet de recherche qui sont les siens. Il s’agit de passer en revue l’ensemble des écrits (revue de littérature) ou autres ouvrages pertinents, c’est-à-dire ceux qui correspondent aux préoccupations majeures de cette recherche, et sélectionner puis organiser intelligemment. 

La construction d’une revue de littérature part de la question de recherche qu’on s’est donnée. C’est pour cette raison d’ailleurs que cette question de recherche doit être clairement formulée. 

Une fois ces orientations précisées, il faut sélectionner les ouvrages qui se réfèrent au thème de l’étude et à la question de recherche ou qui portent sur des problématiques liées à la question de recherche. Pour effectuer ces lectures, il faut observer quelques principes : 

- Partir toujours de la question de recherche

- Rechercher des documents qui présentent surtout des analyses et non uniquement des statistiques - Recueillir des textes qui donnent des approches diversifiées du problème que l’on veut étudier

- Elaborer une grille de lecture. 

lundi 10 avril 2023

La construction de l'objet de recherche (Phase 1 du processus)


Pour mener à bonne fin une recherche, il faut bien penser, bien réfléchir, bien identifier un problème précis, poser une question centrale. Les étapes de la phase de construction de l’objet sont les suivantes : 

Choisir le thème 

Le chercheur commence par laisser naître en lui une idée avec laquelle il “jongle” pour orienter sa recherche. L’idée peut lui venir d’une observation, de ses expériences personnelles dans la vie courante ou dans la vie professionnelle, ou des écrits se rapportant au domaine d’étude, ou d’une insatisfaction par rapport à ce domaine particulier. La connaissance des travaux existants lui permet de savoir si une recherche est envisageable dans le domaine et peut lui suggérer le type de question à poser et le sujet précis à étudier empiriquement. 

Choisir et formuler un problème de recherche 

Avant de pouvoir choisir une technique d’enquête, le chercheur doit avoir perçu en amont un “problème” à élucider, à étudier par sa recherche. C’est une étape essentielle du processus de recherche. On élabore donc une problématique après avoir “cerné ce qui fait problème”. 
En s’appuyant sur les lectures (consultation d’ouvrages et travaux), et les observations préliminaires de terrain, le chercheur formule un problème de recherche, c’est-à-dire qu’il développe et articule par un enchaînement d’arguments la traduction d’une préoccupation majeure, l’expression de “ce qui pose problème”, de “ce qui fait problème”, et qui mérite d’être étudié, élucidé”. 
La formulation du problème permet de spécifier (là ou) les questions pertinentes par rapport à l’objet d’étude.

Problématiser : Enoncer les questions de recherche 

La problématique est la présentation d’un problème sous différents aspects. C’est l’art de poser des questions pertinentes. C’est ainsi la capacité de faire surgir du thème et du problème des questionnements. 
La problématique relève de la conceptualisation, de la conception, du traitement théorique de l’objet d’étude. Elle réside dans l’effort de construction, d’agitation d’idées, de pensées, de théories sures “ce qui fait problème” dans un sujet. Elle concerne un objet de préoccupation identifié, passé au crible des questions et des objectifs. 

• Les questions de recherche
Il n’y a pas de recherche là où l’on ne pose pas de question. Einstein a pu dire que la science est bien moins dans la réponse que dans les questions que l’on se pose. 
Les questions de recherche sont des énoncés interrogatifs qui formulent et explicitent le problème identifié. Une fois le problème de recherche identifié et formulé dans la forme d’énoncé affirmatif, le chercheur procède à un retournement (conversion) du problème sous forme d’énoncé interrogatif écrit au présent de l’indicatif. Il s’agit de soulever et de poser explicitement la question principale ou centrale et les questions complémentaires (autant que nécessaires pour compléter et clarifier la principale ou pour exprimer intégralement le problème de recherche). 

Les questions permettent d’agiter le problème sous tous les angles ou aspects pour l’expliciter et mieux l’appréhender. Sans question, il n’y a pas de recherche. 

La question de recherche doit avoir les qualités suivantes : 

- La clarté et la précision : cette première qualité suppose que la question de recherche ne soit ni longue ni ambiguë, ni vague. C’est quelque chose de précis, de lisible et de cohérent ; 

- Il faut que la question de recherche soit réaliste et pratique : cette deuxième qualité indique que le chercheur en formulant sa question de recherche doit tenir compte d’un certain nombre de contraintes comme par exemple : 

Son niveau de connaissance et de compétence. Il doit se poser la question suivante : suis-je suffisamment formé et informé sur le domaine concerné ? 
Les ressources en temps, en moyen matériel et financier : le chercheur doit résoudre la question de leur disponibilité. 

• Les objectifs de recherche 
Les objectifs sont des déclarations affirmatives qui expliquent ce que le chercheur vise, cherche à atteindre. Ils expriment l’intention générale du chercheur ou le but de la recherche et spécifient les opérations ou actes que le chercheur devra poser pour atteindre les résultats escomptés. 

mardi 4 avril 2023

La démarche abductive

Le processus de recherche


« L’abduction est un processus inférentiel (en d’autre termes, une hypothèse) qui s’oppose à la déduction, car la déduction part d’une règle, considère le cas de cette règle et infère automatiquement un résultat nécessaire. Un bon exemple de déduction est :

(i) Chaque fois que A frappe, alors B bouge la jambe

(ii) Mais A a frappé

(iii) Alors B a bougé la jambe


Supposons maintenant que j’ignore tout cela et que je vois B bouger la jambe. Je m’étonne de cet étrange résultat (iii). En me fondant sur des expériences précédentes connues en divers domaines (par exemple j’ai noté que les chiens glapissent quand on leur marche sur la patte), je tente de formuler une règle encore inconnue (i). Si la règle (i) était valable et si (iii) était le résultat d’un cas (ii), alors (iii) ne serait plus surprenant. 


Evidemment, mon hypothèse devra être  mise à l’épreuve  pour pouvoir être transformée en une loi, mais il y a de nombreux cas où je ne cherche pas des lois universelles, mais une explication capable de désambiguïser un événement communicatif isolé… l’abduction est un procédé typique par l’intermédiaire duquel on est en mesure de prendre des décisions difficiles lorsque l’on suit des instructions ambiguës. »  (Eco, 1990)


« L’abduction est l’opération qui, n’appartenant pas à la logique, permet d’échapper à la perception chaotique que l’on a du monde réel par un essai de conjecture sur les relations qu’entretiennent effectivement les choses (…). L’abduction consiste à tirer de l’observation des conjectures qu’il convient ensuite de tester et de discuter » (Koenig, 1993).














lundi 15 novembre 2021

Les dimensions culturelles d'Hofstede

 La culture d'un pays se trouve définie selon 4 dimensions:

- L'importance de la distance hiérarchique

- L'orientation individualiste ou communautaire

- La relation à l'incertitude et à l'ambiguïté

- L'orientation masculine ou féminine des valeurs


Ces dimensions vont avoir une influence sur le style de direction des entreprises, la motivation des salariés, les structures et les manières d'appréhender et de gérer l'incertitude au sein des organisations